vendredi 17, avril 2026
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Pris dans l’étau des crises mondiales successives, les pays africains voient leur accès au financement international devenir de plus en plus coûteux. Selon un rapport publié par ONE Campaign, les coûts d’emprunt du continent ont explosé de 91 % entre 2020 et 2024, révélant une pression financière croissante qui menace les budgets publics, le développement et la lutte contre la pauvreté.
Les pays africains se retrouvent aujourd’hui confrontés à une réalité économique brutale : se financer sur les marchés internationaux coûte désormais presque deux fois plus cher qu’il y a cinq ans. C’est le principal constat du rapport « Priced Out: The Rising Cost of Borrowing for Low- and Lower-Middle-Income Countries », publié par la plateforme de données de ONE Campaign.
Selon cette étude, le coût moyen d’emprunt pour les États africains est passé de 2,7 % en 2020 à 5,1 % en 2024, soit une hausse vertigineuse de 91 %. Une progression qui n’a rien d’anodin : elle reflète les turbulences économiques mondiales provoquées par la pandémie de COVID-19 et les conséquences géopolitiques de la Russian invasion of Ukraine.
L’effet domino des crises mondiales
La pandémie a d’abord fragilisé les économies du monde entier, poussant les États à emprunter massivement pour soutenir leurs systèmes de santé et leurs économies. Puis la guerre en Ukraine est venue accentuer les tensions sur les marchés financiers et énergétiques, provoquant une hausse généralisée des taux d’intérêt.
Dans ce contexte, les pays africains — souvent déjà vulnérables, paient aujourd’hui le prix fort pour accéder aux financements nécessaires à leurs politiques publiques.
Même les institutions internationales deviennent plus coûteuses
La hausse ne concerne pas uniquement les marchés financiers privés. Même les institutions multilatérales, autrefois considérées comme les sources de financement les plus accessibles, ont vu leurs conditions se durcir.
Le rapport souligne ainsi que le coût des prêts accordés par la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), branche du groupe de la Groupe de la Banque mondiale destinée aux pays à revenu intermédiaire, est passé de 1,4 % à 5,2 % en quelques années seulement.
Autrement dit, même les mécanismes censés soutenir le développement deviennent plus lourds à porter pour des économies déjà fragilisées.
Une menace pour le développement du continent
Cette flambée des taux d’emprunt pourrait avoir des conséquences profondes. Plus un État paie cher sa dette, moins il dispose de ressources pour financer l’éducation, la santé, les infrastructures ou la lutte contre la pauvreté.
Pour de nombreux observateurs, cette situation risque d’entraîner un cercle vicieux : des pays contraints d’emprunter davantage pour rembourser leurs dettes, tout en voyant leurs marges budgétaires se réduire.
Face à cette réalité, plusieurs organisations internationales plaident désormais pour une réforme du système financier mondial, afin d’éviter que les pays les plus pauvres ne soient durablement exclus des financements nécessaires à leur développement.