lundi 7, septembre 2026

Frankfurt am Main : 24,8°C - Vent 9,1

Sénégal : 71 hommes inculpés, la répression de l’homosexualité franchit un nouveau cap

La pression judiciaire s’intensifie au Sénégal. Le parquet a annoncé l’inculpation de 71 hommes pour « actes contre nature », dans le cadre d’une vaste campagne de répression de l’homosexualité qui s’est accentuée ces derniers mois.

Image

Le Sénégal durcit encore le ton. Selon un communiqué du parquet rendu public vendredi, 71 hommes ont été inculpés pour des faits qualifiés d’« actes contre nature » et présentés devant un tribunal. Dans le même temps, les poursuites engagées contre 28 autres personnes ont été abandonnées.

 

Cette nouvelle vague judiciaire intervient quelques mois après l’entrée en vigueur, en mars, d’une réforme législative alourdissant considérablement les sanctions contre les relations homosexuelles. Les peines encourues ont été doublées, passant de deux à cinq ans auparavant à cinq à dix ans d’emprisonnement.

 

Plus d’une centaine d’arrestations

 

Depuis plusieurs mois, la répression s’est accélérée. Plus de 100 personnes auraient été arrêtées au Sénégal dans des affaires liées à des soupçons d’homosexualité. Certaines des personnes interpellées sont des figures connues du pays.

 

Dans plusieurs dossiers, les autorités avaient également évoqué des accusations liées à la transmission volontaire du VIH. Mais dans la procédure annoncée vendredi, le parquet précise que les chefs d’accusation de « mise en danger de la vie d’autrui » et de « transmission volontaire du VIH/sida » ont finalement été abandonnés.

 

Les 71 inculpations font suite à une enquête préliminaire menée par les autorités judiciaires sénégalaises.

 

Un Français parmi les personnes poursuivies

 

L’affaire concerne également un ressortissant français, ingénieur âgé d’une trentaine d’années et installé à Dakar. Détenu depuis février pour « actes contre nature », il a finalement bénéficié d’un abandon des poursuites, selon le procureur Saliou Dicko, cité par l’AFP.

 

Le parquet a toutefois décidé de faire appel de cette décision, laissant planer une nouvelle incertitude judiciaire sur le dossier.

 

Une offensive qui dépasse les frontières sénégalaises

 

Le durcissement sénégalais s’inscrit dans une tendance plus large observée dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du continent africain. Ces dernières années, certains États ont renforcé leur arsenal juridique contre les relations entre personnes de même sexe, tandis que d’autres ont adopté de nouvelles mesures répressives.

 

Pour les organisations de défense des droits humains, cette évolution constitue un sérieux recul des libertés individuelles. Elles dénoncent la multiplication des arrestations, des poursuites judiciaires et des pratiques discriminatoires visant les personnes LGBT+.

 

Avec ces 71 nouvelles inculpations, le Sénégal semble ainsi entrer dans une nouvelle phase de sa politique répressive. Une évolution qui risque de raviver le débat entre, d’un côté, les partisans d’un durcissement de la législation au nom des valeurs sociales et, de l’autre, les défenseurs des droits fondamentaux qui alertent sur les conséquences humaines et judiciaires de cette politique.