lundi 7, septembre 2026

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TCHAD : 10 ans d’abandon, de précarité et de morts silencieuses, le scandale oublié des lauréats tchadiens de l’ENAREF

Une décennie d’attente, de promesses non tenues et d'indifférence bureaucratique. Formés à la prestigieuse École Nationale des Régies Financières (ENAREF) de Ouagadougou après avoir réussi aux concours officiels organisés par le Ministère des Finances et du Budget du Tchad, des dizaines de cadres et techniciens diplômés sont aujourd'hui livrés à un sort tragique. Entre misère noire, désespoir et décès prématurés, plongée au cœur d'un abandon d’État indigeste.

C’est un secret de polichinelle au Tchad, mais un secret dont la tragédie humaine dépasse l'entendement. Il y a douze ans, en 2014, ils incarnaient l'élite montante de l'administration financière du pays. Après avoir été déclarés admis au test de niveau et au concours officiel organisé à N'Djaména sous la supervision du Ministère des Finances et du Budget (MFB), des dizaines de jeunes Tchadiens s'envolent pour le Burkina Faso afin d'intégrer la prestigieuse École Nationale des Régies Financières (ENAREF) de Ouagadougou.
Parmi eux, des étudiants admis dans les différents cycles :

 Cycle A (Master / Maîtrise) : des cadres supérieurs destinés au contrôle des finances publiques, de la douane, des impôts et du trésor ;

 Cycle B (Baccalauréat) : des contrôleurs et techniciens de régies financières ;

Cycle C (BEPC) : des agents d'exécution administrative et financière.

Documents officiels, lettres de recommandation signées par le Secrétariat Général du Ministère des Finances (notamment la note N° 1140/MFB/SE/SG/2014 et les correspondances de transmission de la Direction des Ressources Humaines), actes administratifs... Tout attestait d'un engagement ferme de l’État tchadien à les prendre en charge et à les intégrer dans la Fonction Publique à la fin de leur cursus.
Aujourd'hui, 10 ans après la fin de la formation, la réalité est un cauchemar éveillé.

Une bureaucratie aveugle et criminelle

Diplôme en main, nourris de l'ambition de servir leur patrie et de moderniser les régies financières tchadiennes, un secteur pourtant en manque criant de compétences de pointe, ces diplômés se sont heurtés à un mur de mépris et de sourde oreille.

Démarches administratives interminables, navettes harassantes entre le Ministère des Finances, la Direction Générale du Budget et le Ministère de la Fonction Publique, promesses d'intégration jetées aux oubliettes : les lauréats de l'ENAREF ont tout tenté. En vain. Leurs dossiers dorment dans des tiroirs poussiéreux, étouffés par la lourdeur administrative, le népotisme et une inertie institutionnelle révoltante.

Alors que le Tchad investit des sommes colossales pour former ses cadres à l'étranger, l’État abandonne ces mêmes cerveaux sur le trottoir dès leur retour.

"Certains ont cassé la pipe sous le poids de la misère"

Derrière les chiffres et les documents officiels se cache un drame humain effroyable. Privés d'emploi, pris au piège de l'endettement, incapables de subvenir aux besoins élémentaires de leurs familles après des années d'études exigeantes, la plupart des lauréats sont aujourd'hui physiquement et psychologiquement épuisés.
Pire encore : la faucheuse a commencé son œuvre. Rongés par la dépression, le stress, la maladie et l'indigence, plusieurs membres de cette promotion ont littéralement « cassé la pipe », emportés dans le silence et l'indifférence générale avant d'avoir pu prêter serment ou toucher leur premier salaire. Un gâchis humain et national insupportable.

« Comment un pays qui se veut moderne et émergent peut-il sacrifier ses propres fils formés à grands frais dans l'une des meilleures écoles de régies financières de la sous-région ? C'est de l'assassinat à petit feu », s'insurge un proche du dossier.

 Un appel d'urgence au gouvernement et à la présidence

Face à cette injustice qui dure depuis une décennie, la patience des survivants est à bout. Ce dossier ne relevait pas d'une initiative privée, mais d'une convention et d'un concours d'État officiellement actés par le Ministère des Finances.
Le Gouvernement, le Ministère de la Fonction Publique et le Ministère des Finances et du Budget sont aujourd'hui mis au pied du mur :

 1. L'intégration immédiate et sans condition de tous les lauréats de l'ENAREF (Cycles A, B et C) admis au titre des concours de 2014 et années connexes dans la Fonction Publique Tchadienne.

 2. Le dédommagement et le rappel des droits pour ces années de carrière volées et de précarité subie.

 3. Une prise en charge digne pour les familles des lauréats décédés dans l'attente de leur décret d'intégration.

L'histoire ne pardonnera pas à une administration qui enterre ses talents tout en pleurant le manque de compétences dans ses régies financières. Il est grand temps que le Ministère des Finances et la Présidence de la République mettent fin à ce scandale national. L'heure n'est plus aux promesses : il faut réparer l'injustice. Et vite.

Affaire à suivre...