lundi 7, septembre 2026
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Titre foncier expulsé, décisions de justice bafouées et complicités policières : retour sur un imbroglio d'État au cœur du Lot 3.
Au cœur du quartier Farcha (Section 1, Îlot 25bis, Lot 3), une parcelle de 1 161 m² est devenue le théâtre d'un bras de fer judiciaire et institutionnel d'une rare violence. D'un côté, les ayants droit de feue ANDJANMI BALLON, représentés par Dame Thérèse Gracieuse GENTIL, s'appuient sur un Titre Foncier n° 5229 inattaquable et plusieurs décisions de justice définitives. De l'autre, des prétentions successorales contestées, portées par Dame Françoise Félicité Aché GENTIL et Monique GENTIL, bénéficient du soutien troublant du Commissariat de Sécurité Publique n° 1 (CSP 1) et de déploiements de forces armées sur le terrain.
L'affaire remonte à plusieurs décennies, mais s'est embrasée ces derniers mois. Dès le 29 mars 2018, le Tribunal de Grande Instance de N'Djaména, par un jugement civil définitif (Rép. n° 031/2018), tranchait net : l'action en revendication introduite par Françoise GENTIL et ses consorts a été déclarée mal fondée. Le tribunal a confirmé les ayants droit d'ANDJANMI BALLON et ATTAMAÏ Monique Leïla comme uniques et légitimes propriétaires du Lot 3, condamnant les demandeurs à 20 millions de FCFA de dommages-intérêts. Un Certificat de Non-Appel et de Non-Opposition est venu sceller définitivement cette décision le 30 juillet 2018.
Malgré cette chose jugée, les tentatives de réaccaparement se sont poursuivies. En octobre et novembre 2024, profitant de l'absence des propriétaires légitimes, Dame Françoise Félicité Aché GENTIL et Monique GENTIL ont mené une série d'intrusions sur le terrain. Sommant le gardien de quitter les lieux sous prétexte d'une indivision fantaisiste de « 18 héritiers », elles ont fait intervenir des agents du cadastre pour procéder à des marquages illégaux (marque 3795).
Le rôle trouble du Ministre Secrétaire Général à la Présidence dans la démolition
C'est l'interrogation centrale qui alimente aujourd'hui toutes les suspicions et l'indignation des ayants droit. Le Ministre Secrétaire Général à la Présidence, Idriss Hamed Idriss, qui se trouve être le beau-frère de Dame Françoise GENTIL — est directement incriminé dans l'exacerbation des événements du 26 août 2026. Selon plusieurs sources concordantes, Dame Françoise Félicité Aché GENTIL aurait ouvertement affirmé avoir agi sur ordre de son beau-frère pour réoccuper la parcelle. C'est dans ce contexte que des militaires et des policiers ont été dépêchés sur les lieux pour procéder à la démolition du mur d'enceinte.
Pour comprendre l'engrenage de ces démolitions illégales, il faut remonter à l'année 2016. À cette époque, Ahmat Mahamat Bachir, alors Ministre de la Sécurité Publique et de l'Immigration, avait été officiellement saisi du litige lié à l'empiètement du CSP 1 sur la parcelle privée du Lot 3.
Par la correspondance officielle n° 115/PR/PM/MSPI/DC/2016, le Ministre Bachir avait formellement ordonné au Directeur Général de la Police Nationale de libérer intégralement la parcelle du Lot 3 au profit d'ANDJANMI BALLON, rappelant que le commissariat ne devait occuper strictissimo sensu que le Lot 2 (propriété de l'État tchadien acquise en 1990).
Cependant, malgré ces instructions ministérielles historiques et l'ascension politique d'Ahmat Mahamat Bachir vers les plus hautes sphères de l'État au Secrétariat Général de la Présidence, la chaîne de commandement et d'exécution au sein des forces de l'ordre semble s'être complètement déréglée ou instrumentalisée.
Le 12 novembre 2024, sous l'instigation directe de Dame Françoise GENTIL, le Commissaire du CSP 1 en fonction avait déjà fait exécuter la démolition matérielle du mur de clôture en briques cuites et la destruction de deux chambres dans la cour, afin d'y forcer un passage et d'y ériger un parking et des bureaux pour la police judiciaire.
Lors d'un procès-verbal de constat dressé sur les lieux le 14 mars 2026 (Rép. N° 088/EMHN/HC-J/NDJ/2026), la nouvelle commissaire du CSP 1 a explicitement avoué aux huissiers et au Commissaire Central :
« C'est Dame Françoise Gentil, accompagnée des agents du Cadastre, qui nous a dit que l'espace du CSP N°1 prenait une partie du Lot N° 3 ; c'est la raison pour laquelle on a libéré l'autre partie pour venir s'installer ici. »
Cette passivité et la légèreté des autorités de sécurité publique, associées au patronage politique de hauts dignitaires de la Présidence, posent avec acuité la question des complicités administratives au plus haut sommet de l'État dans l'annexion sauvage de propriétés privées.
Justice manœuvrée et classement opportuniste
Face à ces voies de fait, les ayants droit n'ont jamais fléchi. Le 6 mai 2025, par ordonnance de référé (Rép. N° 093/25), le Vice-Président du Tribunal de Grande Instance de N'Djaména ordonnait l'expulsion immédiate du CSP 1 du Lot 3. Signifiée le 14 août 2025, cette ordonnance a été certifiée non attaquée le 3 novembre 2025. La Direction Générale des Domaines (par courrier du 22 janvier 2025) réitérait également l'inviolabilité du Titre Foncier n° 5229.
Les grandes dates de références
29/03/2018, TGI de N'Djaména, Jugement N° 031/2018 confirmant la propriété exclusive du Lot 3.
12/11/2024 CSP 1 & Dames Gentil, Première démolition illégale du mur et de 2 chambres.
06/05/2025 TGI de N'Djaména, Ordonnance N°093/25 expulsant le CSP 1 du Lot 3.
07/05/2026, Parquet de N'Djaména, Avis de classement sans suite pour « inopportunité des poursuites ».
15/05/2026 les ayants droit Ballon, Plainte avec constitution de partie civile (100 millions FCFA).
26/08/2026, Forces armées & CSP 1, nouvelle intervention et démolition sur instructions suspectées du ministre secrétaire général de la présidence.
Pourtant, dans un rebondissement saisissant, le 7 mai 2026, le 2ème Substitut du Procureur, Youssouf Mahamat Maina, signait un avis de classement sans suite pour « inopportunité des poursuites » au profit des dames GENTIL. Une manœuvre perçue comme un déni de justice scandaleux, qui a conduit la représentante des ayants droit, Dame Thérèse Gracieuse GENTIL, à déposer le 15 mai 2026 une plainte avec constitution de partie civile auprès du Doyen des Juges d'Instruction pour destruction de biens et complicité, réclamant 100 millions de FCFA de dédommagement.
Alors que le dossier est entre les mains de l'instruction, cette affaire met à nu les failles d'un système où les titres fonciers délivrés par l'État et les décisions de justice sont balayés par l'arbitraire et le trafic d'influence. Dossier à suivre...