jeudi 12, mars 2026

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Le retour du blé dans le bassin du Lac Tchad : un espoir longtemps abandonné

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Pendant des décennies, la culture du blé au Tchad a glissé lentement dans l’oubli, comme un champ laissé à la poussière et aux promesses non tenues. Pourtant, l’histoire agricole du pays raconte une tout autre réalité : le Tchad fut autrefois un producteur et exportateur de blé, notamment grâce au Grand Moulin du Tchad, qui transformait cette céréale stratégique pour l’alimentation urbaine et rurale.

Aujourd’hui, le paradoxe est cruel. Le pays importe massivement du blé, qu’il s’agisse de matière première ou de produits finis. Cette dépendance extérieure pèse lourdement sur le prix du pain, devenu pour de nombreux ménages un produit presque de luxe. Dans certaines provinces, la baguette se vend à un coût élevé, tandis que la qualité laisse parfois à désirer. Une situation symptomatique d’un secteur agricole longtemps délaissé par les politiques publiques.

C’est dans ce contexte que N’Djamena accueillera du 9 au 11 mars 2026 la 3ᵉ Conférence régionale sur le blé, couplée à un Forum sur les technologies et innovations éprouvées, à l’hôtel Radisson Blu. L’annonce a été faite par le Directeur général de l’Institut Tchadien de Recherche Agronomique pour le Développement (ITRAD), Abdelkhader Al Tidjani Koïboro, lors d’un point de presse.

Placée sous le thème « Accélérer l’impact du blé en Afrique de l’Ouest et du Centre », cette rencontre scientifique et technique ambitionne de redonner un souffle nouveau à la filière blé et, plus largement, au secteur agroalimentaire de la sous-région.

Organisée sous le haut patronage du Premier ministre, la conférence réunira chercheurs, responsables publics, partenaires techniques et financiers ainsi que des acteurs du monde agricole. L’objectif est clair : promouvoir l’adoption de technologies agricoles performantes, encourager l’innovation et orienter les politiques publiques vers une production céréalière plus durable et plus compétitive.

Pour les organisateurs, cette rencontre servira également de cadre d’échanges entre pays confrontés aux mêmes défis alimentaires, notamment la dépendance aux importations, la volatilité des prix sur le marché international et l’impact croissant des changements climatiques sur les rendements agricoles.

Parmi les annonces majeures figure la création d’un centre spécialisé dédié à la filière blé. Cette structure devrait renforcer la recherche agronomique, expérimenter de nouvelles variétés adaptées aux conditions climatiques sahéliennes et faciliter leur diffusion auprès des producteurs.

Au terme des travaux, les participants devraient adopter des résolutions concrètes afin d’accélérer le développement de la filière et de contribuer à l’objectif d’autosuffisance alimentaire, une priorité affichée par les autorités tchadiennes.

Reste toutefois une interrogation centrale : le Tchad saura-t-il transformer les discours en champs cultivés ? Car dans l’histoire agricole du pays, les conférences ont souvent été nombreuses, mais les sillons laissés dans la terre beaucoup plus rares.

Dans le bassin du Lac Tchad, où certaines expériences de culture du blé avaient autrefois montré des résultats prometteurs, l’espoir renaît timidement. Si les politiques publiques suivent, la région pourrait redevenir l’un des greniers céréaliers du pays. Sans cela, la conférence ne sera qu’un rendez-vous de plus dans le long catalogue des promesses agricoles.