jeudi 12, mars 2026
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Au Tchad, il arrive que les institutions de contrôle soient soudainement prises d’une frénésie d’audit… surtout lorsque certaines d’entre elles commencent à déranger les habitudes bien installées. C’est dans ce climat singulier que l’Inspection générale des finances (IGF) vient d'envoyer une mission pour examiner le travail de l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC). Il faut noter que dans l’administration tchadienne, certaines institutions semblent moins occupées à combattre la prédation qu’à se neutraliser entre elles. Une étrange gymnastique bureaucratique où l’on contrôle ceux qui contrôlent, jusqu’à ce que la vérité se perde dans les couloirs du pouvoir
Une initiative qui soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.
Car, faut-il le rappeler, l’AILC demeure l’un des rares organes publics ayant produit des résultats tangibles dans la lutte contre la corruption. L’affaire du trésorier d’Abéché, au cours de laquelle plus d’une dizaine de villas ont été récupérées et plusieurs milliards de francs identifiés, reste l’un des coups de filet les plus spectaculaires jamais réalisés par un organe de contrôle au Tchad. Un précédent qui a marqué les esprits et réveillé, chez beaucoup de citoyens, l’espoir d’un État enfin décidé à traquer les prédateurs des finances publiques.
Pourtant, au lieu de consolider cette dynamique, certains cercles du pouvoir semblent aujourd’hui décidés à en examiner… les auteurs.
Selon plusieurs sources, des figures influentes, notamment Souleyman Lony et Tahir Nguilin, auraient convaincu les plus hautes autorités d’envoyer l’Inspection générale des finances pour « contrôler » l’action de l’AILC. Une démarche qui, dans l’absolu, pourrait relever d’un simple exercice administratif. Mais dans le contexte tchadien, où les institutions se livrent souvent à une guerre de tranchées silencieuse, l’opération prend une tout autre coloration.
Car la question est simple, presque brutale : si l’AILC n’inspire plus confiance, pourquoi ne pas la dissoudre purement et simplement ?
Le Tchad dispose déjà d’une Cour des comptes, d’une Inspection générale des finances et de plusieurs autres structures censées veiller à la bonne gestion des deniers publics. Pourtant, dans l’opinion, un constat s’impose avec une netteté implacable : parmi ces institutions, seule l’AILC a véritablement secoué la torpeur administrative en s’attaquant frontalement aux réseaux de prédation.
Alors pourquoi s’acharner contre l’un des rares mécanismes qui semblent fonctionner ?
Le président de la République se retrouve désormais face à un choix politique clair. Soit il assume la volonté de certains barons du système en affaiblissant l’AILC, soit il protège l’indépendance d’un organe qui a commencé à fissurer la forteresse de l’impunité.
Car derrière cette mission de l’IGF qui séjourne à la Direction générale des douanes, une interrogation persiste et circule déjà dans les milieux politiques : le départ du Dr Tom Erdimi est-il réellement étranger à ces manœuvres ?
Au Tchad, les institutions parlent rarement d’une seule voix. Mais les silences, eux, sont souvent très bavards. Affaire à suivre...